La matière se structure selon des exigences énergétiques contradictoires et
complémentaires. Nous devons percevoir l'oeuvre comme le lieu d'une forme
organisée, exprimant l'énergie de cohésion entre les éléments qui la
constituent ou inversement comme le lieu d'une forme désorganisée, révélant
les forces multiples de dissociation en jeu.
Aucune frontière définitive ne doit rendre compte de sa réalité matérielle
comme une réalité figée dans le champ perceptif : c'est un évènement
spatio-temporel, l'expression d'un état transitoire de la matière-énergie et d'un
équilibre dynamique instable "achevé-inachevé".
C'est ainsi qu'une forme stable comme le carré est dans cette installation
l'enjeu de forces antagonistes qui actualisent une stabilité plus relative :
la structure devient l'expression vivante des Interactions énergétiques.
Dans l'espace du lieu qu'elle révèle à lui - même, l'oeuvre est à découvrir,
arpenter. Elle renonce à entretenir avec le spectateur un mode de lecture axé
sur la frontallté, qui s'impose arbitrairement à l'Image des grandes
architectures verticales contemporaines. Elle mesure notre curiosité de pèlerin
et se dévoile plus qu'elle ne se livre en Interrogeant l'être des choses,
les énergies les plus ténues et les plus éphémères qui tissent la matière même
de notre conscience.

Philippe Vacher - 1991