Construit - déconstruit est un langage plastique utilisant des formes
géométriques élémentaires (lignes, plans, volumes...) mises en relation selon
un mode d'organisation intégrant des données aléatoires ou des lectures
éclatées (perception à partir de multiples points de vue) en fonction d'un
espace donné.
L'enjeu de la problématique est d'utiliser des concepts apparemment
contradictoires comme principe de construction d'un projet plastique, ce dernier
résultant d'une dynamique de l'antagonisme et étant perçu à la fois comme
forme ou structure stable et instable.
"...qul tient la contradiction... tient le monde."
(Stéphane LUPASCO dans "Les Trois Matières")

1 - exprime une philosophie de l'équilibre dynamique qui régit l'organisation
de la matière et le fonctionnement de la pensée.
2 - utilise un langage géométrique élémentaire (lignes, plans, volumes...)
en privilégiant les rapports constructifs entre ces éléments dans un espace
bi ou tridimensionnel.
3 - redéfinit le concept de structure comme la résultante d'une double action :
constructive et déconstructlve : l'oeuvre est un champ de forces antagonistes
qui implique stabilité et instabilité.
4 - reconnalt la pertinence du principe de rupture ou de discordance par
lequel un système d'organisation est ouvert.
Les organisations aléatoires sont des systèmes ouverts par excellence
puisqu'ils permettent au spectateur de construire ses propres lectures.
Tout système fermé est exclu.
5 - établit la relation entre l'oeuvre et le lieu : ce dernier conditionne
la perception de l'oeuvre mals également sa structure.
6 - prend en compte le rôle dynamique de la perception : l'oeuvre est conçue
pour être perçue à la fois dans sa continuité et sa discontinuité.
7 - affirme le caractère dynamique de l'oeuvre : celle-ci est mouvement
énergie. De même nature que la pensée dont elle est le produit.
Son équilibre rythmique reste un équilibre instable. Tout phénomène optique
de nature vibratoire ne présente pas ce réel caractère dynamique comme
principe constructif. Il s'inscrit dans le champ des expériences visuelles.
8 - privilégie le volume à la surface si cette dernière n'entretient pas un rapport
construit avec l'espace d'accueil ou n'Implique pas le hors-champ dans sa
problèmatlque constructive.
9 - prime le mouvement virtuel sur le mouvement réel afin de solliciter
le comportement actif du spectateur, son déplacement dans l'espace.
L'oeuvre cinétique démobilise une part de perception active car son
mouvement est subi.
10 - recommande l'utilisation de tous les supports, matériaux, matières,
toutes les techniques nouvelles comme moyen d'expression.
11 - reconnalt la subjectivité dans le processus créatif : l'oeuvre n'est pas
exclusivement un modèle mathématique à consommer.
" L'oeuvre est médiatrice entre les catégories abstraites de la science et la
matière vivante de notre sensibilité. " U. Eco
12 - confirme l'artiste dans son rôle d'expérimentateur : l'art est avant tout un
laboratoire d'idées qui engage chaque artiste Individueliement.
La dimension utopique prime sur la dimension fonctionnelle, cause de la dérive
productlvlste du début du siècle.

Philippe Vacher - 1992